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Les français et leur logement

La stabilité d’un espace sert d’assurance face aux instabilités relationnelles : ainsi la maison semble plus rassurante qu’un appartement. Dès lors, l’investissement dans un logement n’est pas seulement financier mais affectif.

La propriété comme stabilité

Rapport au temps bouleversé, liens affectifs fragilisés, filiation recherchée… le nouveau propriétaire voit donc dans l’acquisition d’un espace personnel un moyen de se réfugier dans une certitude tangible. Plus exactement, il ressent le besoin de trouver sa place au sein d’un espace sécurisé qui est supposé répondre à ses incertitudes. « La stabilité d’un espace sert d’assurance face aux instabilités relationnelles et aux incertitudes du temps et de l’époque », confirme Jacques-Antoine Malarewicz. « L’habitation est à la fois un bien à transmettre, elle accompagne la filiation, en même temps qu’un espace d’accueil privilégié pour le clan , elle devra probablement de plus en plus répondre aux exigences de cette forme de lien social. Ce que nous demandons d’un lieu de vie, c’est qu’il soit à la fois symbole de stabilité, de solidité et point de référence ».

Ainsi, une maison semble un espace plus rassurant qu’un appartement . Plus de la moitié des Français la choisissent, quitte à s’éloigner de leur lieu de travail. De même, quand ils le peuvent, ils cherchent à la construire de leurs propres mains. Ces mêmes Français déménagent de moins en moins fréquemment : selon les chiffres des recensements, ils étaient 94 % à le faire entre 1975 et 1982 et seulement 81 % entre 1990 et 1999. Ils restent en moyenne quatorze ans dans le même logement. « Non seulement l’occupation d’un lieu de vie tend à se stabiliser dans le temps mais elle permet, paradoxalement, de se disperser dans l’espace.

En effet, avec les avancées de la technologie, le logement peut se transformer en un point d’ancrage à partir duquel se développent des comportements nomades de plus en plus complexes. » Et force est de constater qu’entre les voitures de plus en plus spacieuses, les ordinateurs portables et les téléphones mobiles, tout devient un prolongement « naturel » de la maison. Pour Jacques-Antoine Malarewicz, « l’éparpillement dans l’espace se fait dans la multiplication des liens technologiques, maintenant ainsi les relations affectives et professionnelles ». Dès lors, l’investissement dans un logement n’est pas seulement financier, il est également affectif. Ce qui explique pourquoi, dans les procédures de divorce et de séparation, tout ce qui concerne l’habitation est souvent source de conflits importants. Comme si se séparer d’une maison devenait plus douloureux que de quitter un conjoint ou une conjointe.

Une confiance sans cesse renouvelée dans la pierre

Pourquoi, alors que l’économie n’est pas au beau fixe et que les prix flambent depuis la fin des années 90, l’amour des Français pour l’immobilier ne se dément pas ? Bernard de Crémiers et Patrick-Michel Khider, fondateurs du réseau immobilier Laforêt, avancent plusieurs éléments de réponse : « Il y a tout d’abord le coût avantageux du crédit, et le gonflement de la classe d’âge 30-45 ans, qui a les moyens d’acheter ».

L’immobilier est aussi soutenu par un phénomène qui dépasse les frontières : « Les étrangers sont de plus en plus nombreux à acheter en France , et les Français à acheter à l’étranger ». Le problème – bien français – de la retraite a aussi agi comme un aiguillon psychologique : « Les gens ont réalisé ce qu’ils allaient gagner… ou plutôt ne pas gagner ! On voit des jeunes arriver très tôt dans nos agences, démarrer par l’acquisition d’une petite surface, parfois aidés par le prêt à taux zéro ». Les gens achètent de plus en plus jeunes. Ils savent que ce n’est plus pour la vie et pensent davantage à la revente. Ainsi, en Ile-de-France , la part des moins de 30 ans représentait 27 % des acquéreurs en 2005, contre 22 % en 2000(4). Leur raisonnement se tient : mieux vaut devenir propriétaire à mensualités constantes plutôt que payer à fonds perdus un loyer qui ne cesse d’augmenter. On n’hésite plus aujourd’hui à s’endetter sur des durées supérieures à 20 ans.

L’immobilier tient une place de plus en plus importante dans le budget des ménages : les dépenses de logement (charges non comprises) représentent respectivement 17,6 % et 16,4 % du revenu des accédants et des locataires, contre moins de 10 % au cours des années 60(3). Et Bernard de Crémiers de conclure : « Les Français étaient peu propriétaires, mais c’est en train de s’inverser ». Avec à peine plus d’un ménage sur deux propriétaire, la France est encore loin derrière certains autres pays européens comme le Portugal , l’Espagne ou la Grande-Bretagne.

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